170
REGISTRES DU BUREAU
[i562]
Six MIL LANSQUENETS PASSEZ PAR PARIS.
Le penultime jour de Juillet oud. an, passa par la ville de Paris six mil lansquenetz qui estoient con­duictz par monsr le conte ringrave, leur colempnel, et allerent coucher au Bourg-la-Royne'1', où Mes­sieurs de la Ville envoyèrent dix muys de vin et six mil pains. En ce temps monsr de Sansac partit de Poictiers '2' pour aller donner ordre à son gouver­nement d'Angoulmoys, et monsr le mareschal de Sainct André demeura quelques jours en lad. ville de Poictiers pour pourveoir à toutes choses necessaires pour le service du Roy. Et après avoir pourveu par­tout, il laissa monsr de Montpesat'3' lieutenant pour le Roy aud. .Poictiers, avecq quelque compai-gnye de gens de pied françoys.
Le SIEGE DEVANT BOURGES.
Ce pandant l'armée où estoict le Roy de Navarre, monsr de Guise, mons" le Connestable allerent as-
sieiger Bourges '4), de quoy mons1, le mareschal de Sainct André adverty party avecq le reste de son ar­mée de Poictiers pour les aller trouver devant lad. ville de Bourges '5', et arrivèrent tous ensemble devant lad. ville le mercredy, xixe jour d'Aoust oud. an v° lxii, et noz gens de pied y allerent coucher dès le jour de devant pour gaigner ung logis que ceulx dedans la Ville eussent bruslé, si on eust actendu à y aller jusques au landemain à faire les approches ceste nuyt(6>.
Led. jour de mercredy, xix° Aoust, incontynant que l'artillerye fut arrivée et monseigneur le Con­nestable eust donné ordre et veu l'assiette du camp, il se délibéra de faire aprocher deux bâtardes pieces pour tirer à quelques deffences, et n'y avoict gabions ny tranchées commencées, qui fut cause de la perte de quelques ungs de noz soldars et de noz cappitaines de gens de pied -7' ; et entre les autres y fut tué ung gentilhomme de la compaignye de mons1"
Villars, qui "firent grandes exécutions», disent que «dedans la ville d'Angoulesrne ceux qui y estoient allés pourle Roy avoient faict le semblable et avoient esté les plus forts-.
(■' Dès la rupture des pourparlers avec le prince de Condé, c'est-à-dire vers ia fin de juin, Catherine de Médicis avait mandé ie rhingrave Jean Philippe de Salm avec ses bandes et se préoccupait d'assurer leur payement. Ces lansquenets, au nombre de 5 à 6,ooo, tous vieux soldats, arrivèrent le 28 juillet au pont de Charenton et furent passés en revue par le Roi, la Reine et nombre de dames de la Cour ; ils traversèrent Paris, de la porte Saint-Antoine à la porte Saint-Jacques, entre une double haie de Parisiens armés, de crainte de quelque surprise, au grand ébahissement des lansquenets surpris de voir tant de gens en armes dans une seule ville. Le passage se fit dans le plus grand ordre; ces mercenaires allèrent coucher les uns à Bourg-la-Reine, les autres à Longjumeau et aux villages d'alentour. (Journal de l'année 156a, p. 186-187; Mémoires du prince de Condé, p. 686; Lettres de Catherine de Médicis, t. I, p. 345.)
O M. de Sansac défit cinq enseignes de ceux qui étaient sortis et échappés de Poitiers; la cour en fut avisée Ie 8 août, et Ies en­seignes furent portées au Roi (Journal de l'année iS6u, p. 189). Cette rencontre, à laquelle prirent part les compagnies de Villars, de La Rocheposay, de Montpezat et de Richelieu, eut heu à Saint-Genest-d'Ambiere, à quatre lieues de Poitiers. (A. Duchesne, Histoire de la maison dei Chasteigners, p. 2 85.)
f3) Melchior des Prez, seigneur de Montpezat, fils du maréchal de Montpezat et de Lyette du Fou, maître des eaux et forêts, gou­verneur et sénéchal de Poitou, lieutenant de M. de Guise et de sa compagnie de gendarmes, chevalier de l'ordre du Roi, avait épousé le 26 juin i56o Henriette de Savoie, marquise de Villars, qui devenue veuve se remaria en 1576 avec le duc de Mayenne. De son mariage avec Henriette de Savoie, il eut entre autres enfants Emmanuel Philibert des Prez, marquis de Villars, et Henri, seigneur de Montpezat (Lettres de Catherine de Médicis, t I, p. i5i; Brantôme, t. V, p. 124, t. X, p. g3).
(*> Bourges avait été occupé le mercredi 2 7 mai par lo comte de Montgommery, qui fut remplacé au mois de juin par Jean de Hangest, seigneur d'Ivoy. Dans une lettre envoyée le 17 août à M. de Lansac, Catherine de Médicis lui mandait : -Nous nous acheminons vers Bourges pour en desloger Ie jeune Genlys, qui s'en est saysy depuys quelque temps et qui a faict jusques icy dilligence de la fortifier et contenance de la voulloyr garder». Brantôme (t. V, p. 418), en parlant de ce jeune Genlis (Jean de Hangest, seigneur d'Ivoy, puis de Genlis, après la mort de son frère François), dit qu'il fut «faict Couronnel par M. le prince des bandes françoises, desquelles il en mena environ 1,200 dans Bourges;. (Lettres de Catherine de Médicis, 1.1, p. 38i ).
(s) Le Journal de l'année 156a (p. 190) mentionne à la date du 8 août le départ du maréchal de Saint-André pour le siège de Bourges.
'°) D'après le journal manuscrit de Jean Glaumeau, analysé par M. Bourquelot (Mémoires de la Société des Antiquaires de France, t. XXII, p. 219), douze cents arquebuziers avec quelques cavaliers vinrent prendre position le 18 août près de la porte Borbonne; le gros de l'armée, avec l'artillerie comprenant 25 pièces de canon, arriva le mercredi 19. Charles IX s'établit au chàteau de Lazenay, à une demi-lieue de Bourges: il y eut trois camps : celui des Français le long de la rivière de Charlet, celui des Allemands près do l'église du château, et près de Lazenay, lo long des carrières, les reîtres. Ce jour-là, les pièces mises en batterie dans un petit pré devant la porte de Charlet envoyèrent huit ou dix coups par-dessus les remparts contre la tour Saint-Etienne.
O C'est dans une sortie faite par les huguenots que furent tués du côté du Roi M. de La Roche-Posay et M. de Valençay, bâtard d'Enghien, du côté des assiégés M. de Savigny, bâtard du roi de Navarre. (Journal de l'année i5Ga, p. 191.)